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Algérie : après le naufrage de Vancouver, une équation à plusieurs inconnues avant la CAN 2027

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Un successeur à Vladimir Petkovic doit être désigné ce samedi par la FAF. Mais réduire la crise algérienne à un simple changement de nom sur le banc serait passer à côté de l’essentiel : en vingt ans, dix sélectionneurs se sont succédé sans jamais stabiliser un projet, et le prochain hérite d’un vestiaire fracturé à trois semaines d’une CAN 2027 qui ne pardonnera pas l’improvisation.

Le naufrage de Vancouver, point de rupture

Tout commence par une soirée ratée. Le 3 juillet, au BC Place de Vancouver, l’Algérie affronte la Suisse en huitièmes de finale du Mondial 2026 avec sur le banc adverse, un symbole difficile à digérer : Vladimir Petkovic, ancien sélectionneur helvète naturalisé, qui retrouve son pays d’adoption face à celui qu’il dirige depuis deux ans et demi. Breel Embolo ouvre le score dès la 11ᵉ minute après un travail de Johan Manzambi côté gauche, avant qu’une réclamation de penalty de Ramiz Zerrouki, à la 8ᵉ, ne soit écartée par l’arbitrage. Dan Ndoye enfonce le clou au retour des vestiaires (46ᵉ). Petkovic fait entrer Gouiri, Hadjam, Hadj Moussa puis Boudaoui pour tenter de relancer la partie, en vain : l’Algérie ne cadre quasiment aucune tentative face à Luca Zidane, et s’incline 2-0, comme le détaille Foot Mercato.

La défaite en elle-même n’aurait peut-être pas suffi à emporter Petkovic. Ce qui a mis le feu aux poudres, ce sont les choix qui l’ont précédée. Selon 226foot.com, le sélectionneur a positionné Ibrahim Maza, milieu de 20 ans auteur d’une phase de groupes remarquée, en faux 9 — un choix jugé incompréhensible par plusieurs cadres du vestiaire. L’ancien international Rafik Halliche n’a pas mâché ses mots :

« C’est un foutoir tactique et un niveau très faible, une équipe sans identité avec Petkovic. Il a totalement effacé Maza du match, comme s’il était invisible pendant 90 minutes. »Rafik Halliche, ancien défenseur international

Djamel Benlamri, lui, élargit le constat à l’ensemble du mandat : « En deux ans et demi avec cet entraîneur, nous n’avons pu voir notre sélection jouer avec une vraie identité. » Dans la foulée de l’élimination, plusieurs jeunes joueurs, Ibrahim Maza en tête, ont laissé entendre qu’ils pourraient s’écarter temporairement de la sélection si Petkovic restait en poste. Aïssa Mandi a entretenu le flou sur son propre avenir international, tandis que Riyad Mahrez, comme annoncé avant le tournoi, tirait sa révérence sous le maillot vert. Un mois plus tard, le 3 août, la FAF officialisait la séparation « à l’amiable » avec son sélectionneur.

Un mal plus profond qu’un seul sélectionneur

S’arrêter à Petkovic reviendrait toutefois à ignorer une pathologie beaucoup plus ancienne du football algérien. Une rétrospective publiée par La Gazette du Fennec recense pas moins de dix départs de sélectionneurs entre 2007 et 2023, chacun révélateur d’un mode de gouvernance instable : Jean-Michel Cavalli, dont le contrat prévoyait une clause de rupture automatique « sans indemnités » en cas d’échec aux qualifications de la CAN 2008 ; Rabah Saâdane, poussé vers la sortie malgré une qualification historique pour le Mondial 2010 ; Abdelhak Benchikha, démissionnaire après seulement quatre matchs ; ou encore Lucas Alcaraz, qui est allé jusqu’à saisir la FIFA pour réclamer 1,26 million d’euros d’indemnités de rupture.

10sélectionneurs entre 2007 et 20232,5 ansdurée du mandat Petkovic5,5 ansdurée du mandat Belmadi, seule vraie exception

Cette instabilité chronique tranche avec la parenthèse Djamel Belmadi, seul sélectionneur à avoir tenu plus de cinq ans à la tête des Verts entre 2018 et 2023. Sous sa houlette, l’Algérie construit ce que Foot Mercato qualifie de « génération dorée » : 34 matchs sans défaite, un titre continental en 2019 après 29 ans d’attente, porté par des noms comme Riyad Mahrez, Islam Slimani, Ismaël Bennacer ou Youcef Belaïli. Mais cette génération a vieilli sans être vraiment renouvelée, et son effritement — jusqu’à la retraite internationale de Mahrez cet été — laisse un vide que ni Petkovic ni son successeur n’ont, pour l’instant, comblé par une identité de jeu claire. C’est précisément ce que pointait Benlamri : le problème n’est pas seulement tactique, il est générationnel.

Le dilemme du profil : un duo local ou un technicien confirmé ?

Face à ce double défi — apaiser un vestiaire et relancer un projet de jeu —, la FAF a pris son temps avant de fixer, pour ce samedi 5 septembre, la date de l’annonce officielle, comme le rapporte TSA. Plusieurs pistes ont circulé : l’Espagnol Félix Sánchez, le Portugais Paulo Bento, et deux figures locales, Antar Yahia et Brahim Hemdani.

Le scénario qui a le plus circulé ces derniers jours n’est d’ailleurs pas celui d’un homme seul, mais d’un tandem. Selon une information de Footlegende.fr,la FAF envisagerait sérieusement d’associer Brahim Hemdani, actuel sélectionneur des U20 et récent champion aux Jeux méditerranéens 2026, à Antar Yahia, ancien capitaine des Fennecs aujourd’hui entraîneur de la réserve du SCO Angers. Une option cohérente avec la volonté affichée de la fédération de miser sur des profils « patriotes » et proches du vestiaire plutôt que sur un nouveau technicien étranger. Elle se heurte toutefois à un obstacle concret : Hemdani doit précisément diriger les U20 lors des qualifications de leur propre CAN, entre le 24 septembre et le 6 octobre — soit exactement la fenêtre où l’équipe A affrontera la Zambie. Un casse-tête calendaire qui pourrait, à lui seul, trancher en faveur d’une solution plus simple.

Derrière ce choix de personnes se joue en réalité un choix de méthode : revenir à une figure capable de fédérer immédiatement un vestiaire échaudé, quitte à sacrifier l’expérience internationale d’un Paulo Bento, ou parier de nouveau sur un technicien étranger au risque de reproduire le scénario Petkovic — de bons résultats bruts (qualification directe pour un Mondial 12 ans après la dernière, un tour passé) mais une identité de jeu jamais assumée.

Le vrai test : une CAN 2027 loin d’être une formalité

Quel que soit l’arbitrage rendu ce week-end, le nouveau staff n’aura pas de round d’observation. L’Algérie entre dans le vif des qualifications de la CAN 2027 — la première organisée en Afrique de l’Est, conjointement par le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie, du 19 juin au 17 juillet 2027 — au sein d’un groupe I loin d’être une balade de santé face à la Zambie, au Togo et au Burundi.

FenêtreMatchs
Septembre-octobre 2026Algérie – Zambie (domicile), puis Burundi – Algérie (extérieur)
Octobre-novembre 2026Algérie – Togo (domicile), puis Togo – Algérie (extérieur)
Mars 2027Zambie – Algérie (extérieur), puis Algérie – Burundi (domicile)

Sur le papier, l’Algérie reste favorite du groupe. Mais chacun de ces adversaires a de quoi compliquer la vie du futur sélectionneur. Le Togo, longtemps distancé, retrouve des couleurs sous la houlette du Français Patrice Neveu, nommé en février 2026 après des expériences au Niger, en Guinée, en RDC, en Mauritanie et au Gabon : porté par son capitaine Djené Dakonam (plus de 84 sélections) et l’attaquant de Hoffenheim Ihlas Bebou, le sélectionneur des Éperviers a fixé sans détour l’objectif du groupe : « qualifier les Éperviers pour la CAN 2027 et construire une équipe compétitive sur le long terme », rapporte Africa Top Sports. La Zambie, forte de sa tradition de sélection retorse en petites compétitions continentales, et le Burundi, capable par le passé de créer la surprise face à de plus grosses écuries, complètent un groupe où le moindre relâchement se paiera cash.

Autrement dit : le nouveau sélectionneur algérien n’aura pas seulement à gérer une transition d’entraîneur. Il devra le faire en match officiel, dès le 25 septembre à Alger, avec un groupe encore marqué par l’après-Mahrez et par deux échecs consécutifs — les quarts de finale perdus face au Nigeria à la CAN 2025 au Maroc, puis les huitièmes du Mondial 2026 face à la Suisse.

Ce qu’il faut vraiment surveiller

Le nom qui sortira ce samedi du bureau fédéral fera les gros titres, mais il ne réglera, à lui seul, aucun des problèmes de fond identifiés depuis l’élimination de Vancouver. La vraie question n’est pas de savoir qui succède à Petkovic, mais si la FAF est enfin disposée à donner à son prochain choix — qu’il s’agisse d’un duo local ou d’un technicien expérimenté — le temps et la stabilité qu’elle n’a offerts qu’une seule fois en presque vingt ans, à Djamel Belmadi. Sans cela, l’Algérie risque de rejouer, CAN après Mondial, le même scénario : un sélectionneur remercié sous la pression, une génération qui s’use sans être renouvelée, et un groupe de qualification pourtant à sa portée qui devient, chaque fois, plus périlleux qu’annoncé.

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